Animation orientale vs. Animation occidentale

 

Animation orientale occidentale - bande

 

Nous sommes nombreux à avoir grandi avec des dessins animés d’origine diverses. Cela nous a inévitablement influencé, dans nos goûts et nos centres d’intérêt. Peut-être consommons-nous encore ce type de réalisation cinématographique, puisque le film d’animation est loin de faire des productions destinées uniquement à un jeune public.
Anime japonais, cartoons des Looney Tunes, long-métrages enfantins des studios Disney, ou créations plus mâtures des studios Ghibli…Le choix est bien présent.

Bien qu’il existe des studios d’animation partout dans le monde, nous considérerons que notre culture se base sur les réalisations japonaises, et franco-américaines. Nous pouvons ainsi classer grossièrement les dessins animés que je propose d’analyser, en deux catégories : occidentaux et orientaux.

J’aimerais ici ne parler que des paramètres influençant le travail d’animation :

character design, travail de l’image, traitement des personnages…Bien que beaucoup d’autres aspects permettent de juger de la qualité d’un dessin animé dans son entièreté. Scénario, profondeur des personnages, mise en scène…

 

Comment observer et comprendre les différences entre l’animation orientale et l’animation occidentale ?

 

Développons en 3 points ce qui constitue l’identité forte des deux catégories. Permettez-moi de généraliser le discours, même si évidemment, il y aura toujours des exceptions confirmant la règle 😉 .

 

 

1. La direction artistique

 

Reprenant le style graphique des mangas (bandes dessinées japonaises, pour les ermites qui sont dans leurs caverne depuis beaucoup trop longtemps), les anime japonais ont un style semi-réaliste plutôt élégant. Les décos sont soignés, les perspectives très cohérentes, et les proportions des personnages, bien que forcées par endroits, sont relativement conservées. Un fort travail des ombres, des couleurs et des lumières permet de transmettre fortement des intentions scénaristiques qui viennent appuyer l’animation. La plupart des plans sont travaillés comme si il s’agissait d’illustrations à part entière. On pourrait extraire la frame de l’animation, que l’image se suffirait en soi. Beaucoup de séquences sont même simplement contemplatives

Au détriment du travail d’animation pure ?

Car en effet, dans cette optique de contemplation, l’animation ne « parasite » pas l’image forte qui marque les esprits. N’a-t-on pas tous en tête l’image d’un personnage d’anime prenant une pause charismatique, entouré de lumières et autres effets de mise en valeur, totalement immobile, et dont seule la bouche remue très légèrement ?

Par ailleurs, nous noterons qu’il existe un standard de représentation du personnage de manga et d’anime. Corps réaliste, visage aux grands yeux, à la petite bouche et au nez pointu. A ceci s’appliquent quelques variantes de style, mais ces codes se retrouvent très nettement dans la plupart des créations.

 

Pour l’animation occidentale,

j’ai le sentiment d’observer plutôt l’inverse. Dans un style graphique généralement cartoonesque, le dessin animé emploie des couleurs vives…Des graphismes qui vont à l’essentiel, quitte à s’éloigner du réalisme. Après tout, pas le temps de s’y attarder ! Puisque les personnages à l’écran bougent activement.

Il y a davantage d’intentions transmises via les mouvements que par l’ambiance générale.

Dans les célèbres comics aux États-Unis (bandes dessinées américaines, pour les ours des cavernes…), on retrouve des codes de mise en valeur et respect réaliste des proportions des personnages, tels que ceux décris précédemment au sujet des mangas. Cependant, l’héritage que je ressens dans l’animation occidentale viendrait plutôt de la bande dessinée franco-belge. Traitement de la couleur en aplats, ambiance amusante et chaleureuse, beaucoup de formes rondes et une tendance à la caricature…Ainsi que davantage de libertés dans l’expression du style graphique du character designer.

 

Animation orientale occidentale - Death Note screenshot

Screen de l’anime  » Death Note « . L’ambiance et la mise en scène retranscrivent l’état d’esprit du personnage Light.

 

 

2. Le traitement des personnages

Entrons dans le cœur de l’animation :
la manière d’animer les personnages.

 

Ce sont eux qui bougent principalement dans les séquences animées, bien que certains éléments du décor peuvent également vivre à leur manière.
L’animation orientale mise beaucoup sur les pauses fortes pour transmettre des intentions, comme je le disais précédemment. Et ce, toujours avec une ligne proche du réalisme. Les expressions du visage restent constantes, les gestes ne s’enchaînent pas à rythme effréné. Alors, comment bien lire les émotions ?

Comment retranscrire l’intention d’un personnage précis, au-delà d’une ambiance globale ?

 

Toujours dans l’usage de pauses-clés marquantes, les animes usent et abusent de l’usage de « chibis« , des représentations caricaturales qui expriment très directement l’émotion ressentie à l’instant par le personnage. Au même titre que les smileys, qu’importe si son character design est totalement différent ! Pour des expressions qui amènent le spectateur à être amusé, on tirera la transformation du personnage jusqu’à un style « kawaii ». C’est-à-dire tout mignon et aux traits aussi épurés que possible. Ceci afin qu’on ne reçoive vraiment que l’expression voulue.

Un personnage peut aussi avoir exceptionnellement des proportions qui changent d’un plan à l’autre pour attirer l’attention sur un point précis. A ce moment, cette déformation est extrêmement exagérée, et ne se retrouvera pas dans les autres séquences. Et ne définit pas, une fois de plus, le character design admis du personnage. Présenté de face, on verra ainsi Sacha, de l’incontournable référence Pokémon, avoir une main énorme lorsque celui-ci lance sa pokéball en avant. La main est exceptionnellement énorme, pour marquer ce plan précisément.

 

En occident, le procédé est tout autre.

Contrairement au personnage japonais, où son design est proche du réalisme et où des déformations exceptionnelles sont utilisées pour marquer une intention claire à un moment précis, le character design occidental est immédiatement pensé pour retranscrire la personnalité du personnage.

Par exemple, pour représenter une femme sexy, dans un anime, celle-ci sera dessinée selon les standards du manga. Et ce n’est que lors de la séquence où elle doit être perçue comme sexy, que d’un seul coup, sa poitrine aura triplé de volume. Dans l’animation occidentale, la femme est  » pensée sexy « . Elle est designée de formes rondes, son corps, ses traits du visage sont un condensé des clichés de la femme sexy. Ainsi, elle ne changera pas subitement de visage lorsqu’elle sera effrayée ou amusée. Sa gestuelle, en revanche, sera aussi travaillée que possible pour retranscrire ces émotions.
Il s’opère alors des déformations très franches des formes, des stretch and squash, qui vont hautement dynamiser l’animation. Des gestes vifs réalisés en peu de frames permettent des actions bien marquées. Mais l’œil n’a pas le temps de capter ce qu’il s’est exactement passé ! Il y a en fait des déformations constantes qui s’opèrent, ponctuées de quelques pauses-clés bien plus écourtées que dans l’animation orientale.

C’est selon moi cette technique qui constitue la base de l’animation occidentale.

 

Animation orientale occidentale - Jessica Rabbit

Jessica Rabbit, du film  » Qui veut la peau de Roger Rabbit « , est designée selon les caricatures du personnage sexy.

 

 

3. La technique

Si l’on doit faire un petit résumé de tout ce qui a été dit jusque là,
que peut-on en tirer ?

 

L’animation occidentale ne fait pas dans le réalisme.

Le rendu est dynamique et bien vivant, elle joue avec les limites de la perception de l’œil. Et pour ce qui est du style graphique, cela va généralement à l’essentiel.

 

L’animation orientale a une tendance plus illustrative :

elle anime moins, dans le sens où les personnages bougent de manière moins active. Mais la direction artistique est très réfléchie et souvent très belle. Elle joue autant sur la caricature qu’en occident, mais d’une autre manière ; elle peut être un peu brutale pour le spectateur occidental car le design du personnage varie du tout au tout, ceci pour que l’intention passe totalement.

 

Peut-on éventuellement justifier ces différences de procédés ?

 

A ce moment, il faut se pencher un peu sur les possibilités techniques et les moyens matériaux à l’origine de ces productions.

Il faut savoir, dans un premier temps, que la vitesse de défilement des images d’un dessin animé est à 24 images par secondes (standard international), pour que l’œil puisse visualiser un ensemble fluide. On parlera d’ailleurs de fpi,  » frames per second « .

A l’époque du Club Dorothée, nous découvrions l’animation japonaise, de nombreux anime pour tous les goûts. Les studios japonais étant à cette époque soumis à une cadence de production énorme, il fallait trouver des stratagèmes pour produire vite et à peu près bien. Ils eurent l’idée de ne produire que 12 images, chacune doublées pour en avoir au final bel et bien 24 à la seconde. Ce qui explique cet effet un peu saccadé dans les anime, mais un grand gain de temps pour les réalisateurs.
D’autres astuces sont ainsi trouvées : réutilisation de séquences d’animation, passages en boucles,…Ce qui explique selon moi ce principe d’aller à l’essentiel du message via des images fortes, et également la technicité de l’animation moins poussée qu’en occident. Pour les décors et autres visuels emblématiques, ré-exploités, donc vus plusieurs fois à l’écran et pendant plusieurs secondes, il fallait faire cet effort de pousser la qualité visuelle et illustrative.

 

Pour ce qui est de l’animation occidentale,

à ses origines (du moins à ses débuts en tant que production commerciale autour des années 1930), le but principal était de mettre en image un enchaînement de gags.

Les premiers dessins-animés n’ayant pas de parole, il fallait rendre l’intention très visuelle. Il n’y avait donc que l’animation qui pouvait refléter cela, et l’exagération était un bon moyen de rendre à la fois dynamique et drôle un ensemble de situations cocasses. Depuis, nous noterons que ce principe burlesque est toujours bien existant, il s’est simplement perfectionné techniquement et adapté à l’humour des différentes époques et générations.

 

 

 

A présent, libre à vous de préférer un style ou un autre ! Pour ma part, j’ai une préférence marquée pour l’animation occidentale. En effet, j’ai toujours été sensible à cette capacité de pouvoir retranscrire des émotions à travers la simulation du mouvement. L’animation orientale, plus figée, me touche donc moins. Encore une fois je ne parle que de l’animation au sens purement technique. Pour ce qui est des qualités scénaristiques et des messages transmis…ceci est un autre sujet 🙂 .

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