Comment facturer une prestation, lorsqu’on est graphiste freelance ?

graphiste freelance, comment facturer - bande

 

Une question qui taraude pas mal les débutants, et qui peut même les freiner à adopter ce statut. C’est vrai qu’il n’est pas facile d’estimer le prix de ses créations pour qui n’est pas habitué. Les jeunes freelances se basent souvent sur les tarifs et devis qu’ils arrivent à trouver publiés sur le net, parfois sans trop en comprendre le fonctionnement. Et toutes les écoles et formations ne prennent pas le temps de s’attarder sur cet aspect administratif, pourtant très important dans la vie du freelance.

Zeib la sauveuse arrive vous expliquer tout cela.

Et on va y aller, petit à petit.

GIF - clin d’œil

 

 

Il y a 3 points essentiels, selon moi, qui permettent d’élaborer correctement sa facturation :
1. les impératifs de la facturation,
2. les paramètres à prendre en compte,
3. se caler sur les tarifs des autres…ou pas.

 

 

 

1. Les impératifs de la facturation ✅

 

Bon, déjà au départ, comment ça se passe ? Un client vous contacte, vous demande telle réalisation, et hop, au boulot ?

Tout ne s’enchaîne pas si vite.

 

Pour ceux qui ont bien appris la leçon,

un travail ne doit jamais être commencé sans un accord écrit et signé entre les deux parties. 📜🖋

Enfin, vous pouvez tenter de sauter cette étape, par exemple si vous connaissez bien le client, ou encore si il vous dit qu’il est très pressé. Mais vous vous exposez à de nombreux risques :
en cas de problème, vous n’êtes juridiquement pas couvert. Ainsi, le client peut vous arnaquer sans souci : vous exploiter à la tâche, puisque l’accord n’est que tacite. Et surtout, il pourrait simplement ne pas vous payer. Car du coup, rien ne l’y oblige.

D’accord, règle numéro un donc, toujours faire un devis.
Règle numéro deux, commencer à travailler qu’une fois celui-ci signé par le client.

 

Alors, on n’en est déjà qu’au tout début, et pourtant je remarque déjà le débutant trembloter de stress. Les deux questions problématiques qui s’imposent à lui sont :

  • mais, qu’est-ce que j’écris de beau sur mon devis, à part le prix ?
  • et comment l’estimer, ce prix ? Je mets un truc au hasard et on voit si ça passe ?

 

Pour la première interrogation,

il y a en effet des mentions obligatoires à faire figurer sur un devis pour que celui-ci soit juridiquement valide. Il y a également des variantes selon la forme entrepreneuriale choisie : en micro-entreprise, ou indépendant de la Maison des Artistes. Les mentions principales et indispensables vont être, sans surprise,

  • vos coordonnées ainsi que celles du client,
  • vos numéros siret respectifs,
  • un numéro de devis (sa référence qui doit être unique),
  • le détail de l’exécution et la tarification,
  • puis la somme totale correspondant au montant du devis.

 

En micro-entreprise (le statut que je détiens), vous aurez quelques autres précisions à apporter : mentionner la non-facturation de la TVA, la durée de validité de votre devis (le temps dont dispose le client pour signer), et autres détails. Je vous laisse le soin de consulter ces mentions obligatoires selon votre statut. Vous trouverez facilement les informations sur le net, sur le site du ➡ service public, par exemple.

 

Pour le second point,

en effet, pour émettre un devis, vous devez apprendre à estimer votre charge de travail. Je peux vous assurer que vos premiers devis seront très faux et votre temps de travail assez mal jaugé !

Mais ce n’est pas grave, qui n’essaye pas n’apprend jamais.

 

Avec le temps et un petit peu d’instinct, vous arriverez de mieux en mieux à établir votre charge de travail selon la réalisation demandée. Par exemple, il n’est pas compliqué de supposer qu’une illustration de type réaliste vous demandera plus d’efforts qu’une autre vectorielle.

Personnellement, avant d’établir un devis, je propose toujours un entretien audio d’une petite heure avec le futur client. Ceci afin d’échanger, et me permettre d’estimer le temps de travail que cela va demander. Cette phase est importante pour moi car je peux ainsi savoir si il possède déjà des éléments à me fournir qui accélèreront mon travail de création, si il envisage de me laisser une certaine liberté créative ou si il compte étroitement cadrer le projet, si il a des contraintes techniques, vis-à-vis d’une hiérarchie, d’un budget…Libre à vous d’en faire de même, ou non !

Pour en finir avec l’établissement du devis, voyez également si vous souhaitez anticiper des imprévus : vaut-il mieux facturer un petit nombre d’heures en plus « au cas où » ? Faut-il préciser qu’au-delà d’un nombre précis d’aller-retours, vous imposez une surfacturation ? Faîtes selon votre convenance. Sachez que ce devis constitue un contrat entre vous et le client. Vous pouvez y écrire tout ce que vous voulez,

à partir du moment où celui-ci signe, cela signifie qu’il consent légalement à vos conditions.

Ainsi, vous pouvez tout à fait notifier que vous ne travaillerez sur la création que les mercredis et que le délai de réalisation de la prestation est estimé à 6 mois ! Pour ce genre de petite clause, il est bon d’avertir plusieurs fois pour être sûr que l’information a bien été prise en compte. En effet, le coup du client qui signe à la va vite, puis qui revient vers vous râleur et récalcitrant parce qu’il n’a pas lu en détail votre devis, n’est jamais une situation très agréable.

 

 

 

2. Quels paramètres prendre en compte pour facturer convenablement ? 💰

 

Avant tout,

je vous déconseille de facturer une prestation précise pour un montant précis.

 

Je pense qu’il n’est pas judicieux d’annoncer une grille tarifaire, du type « affiche = tant d’euros, logo = tant d’euros,… ». Car en réalité,

la complexité de travail dépend davantage du client que vous avez en face de vous, que du type de réalisation.

 

Vous pourriez beaucoup moins ramer à créer une illustration techniquement complexe pour un client qui fait confiance à vos qualités créatives, qu’à créer une illustration vectorielle basique pour un autre qui n’est jamais satisfait et vous fera retravailler sans cesse.

Donc, la meilleure des solutions, selon moi, est d’estimer votre taux.

 

Ok, c’est quoi, un taux ?

 

C’est le prix que vous avez fixé à votre temps de travail.

Il peut être horaire, journalier, hebdomadaire…et il n’y a pas de chiffre imposé, c’est vous qui le choisissez. Enfin, « choisir », façon de parler ! Je peux choisir de facturer mes prestations 3000€ de la journée, encore faut-il que ce tarif puisse être défendu et argumenté auprès des clients.

Taux horaire ou taux journalier ?

La rémunération horaire vous oblige à réfléchir au nombre d’heures moyen pour créer telle réalisation, quitte à être imprécis. Tandis que la journalière vous accorde à réfléchir vaguement au temps passé. Au risque de grossir la facturation, ce que le client pourrait mal comprendre. Par exemple, si celui-ci revient vers vous pour corriger une faute d’orthographe qui s’est glissée dans une plaquette, il pourrait mal digérer le fait de devoir vous payer une journée entière de travail, alors que la correction vous aura pris une demi-heure.
L’importance de réfléchir à votre taux vous permettra ainsi de justifier ce que vous facturez, et pourquoi vous imposez ce prix et pas un autre.

 

Le comprendre vous donnera plus de poids et de crédibilité auprès des clients qui cherchent la petite bête 😉 .

 

Nous apprendrons, dans la troisième partie de cet article et de manière plus chiffrée, à jauger plus précisément votre taux.

 

Ensuite, comme vous vous en doutez, tout l’argent que vous gagnerez n’ira pas directement dans votre poche ! Une partie paiera vos impôts et vos cotisations. Et vous devez également anticiper vos charges.

 

  •  Les cotisations, qu’est-ce donc cela ?

Pour faire simple,

c’est de l’argent que vous allez donner à l’état sans vous poser de question !

Les graphistes, en tant que profession libérale, sont soumis à un taux de cotisation autour de 23% de leur chiffre d’affaire. Ce qui signifie que si, ce mois-ci, vous gagnez 1000€, 230€ sont à donner sans discuter à l’état pour payer vos cotisations. Ce taux est susceptible d’être abaissé si vous êtes jeune entrepreneur…Quoiqu’il en soit, peut-être serait-il judicieux de grossir votre tarification d’un petit quart, histoire de ne pas être surpris par ce paramètre.

 

  • l’entrepreneur paie ses propres charges.

Cela signifie que, contrairement au salarié qui travaille sur un ordinateur gracieusement prêté par son entreprise, vous devrez acheter tout votre matériel vous-même. Pensez donc à ajouter un pourcentage à votre taux, qui vous permettra de compenser l’achat de vos investissements professionnels.

  • Micro-entrepreneurs, n’oubliez pas également que votre statut ne vous autorise pas à facturer la TVA à vos clients, et que vous ne pouvez par conséquent pas la récupérer !

 

  • Pensez aussi qu’il n’y aura aucun revenu pour assurer vos congés, vos arrêts maladie et votre retraite. Il est donc bon de se donner les moyens de mettre un peu d’argent de côté pour anticiper cela.

 

 

Pour faire un peu plus simple (je vous répète ici ce qu’on m’a dit à l’école et au stage SPI !),

prenez le taux horaire que vous vous êtes attribué, puis grossissez-le d’environ un tiers.

Ces 30% représentent une moyenne des frais indissociables à votre activité.

 

 

 

3. Se caler sur les tarifs des autres…ou pas. 📊

 

Ok, estimer son taux, c’est super.

Mais niveau chiffres, concrètement, ça signifie quoi ?

Jusque là, nous avons beaucoup parlé conceptuellement. Finalisons cet apprentissage par des exemples plus parlants.

 

Peut-être avez-vous trouvé sur le net des informations, qui vous ont permis de supposer dans un premier temps ce à quoi vous pouviez prétendre. Sur le site bien connu ➡ Kob-one, des estimations selon les régions de France et des exemples de tarifications peuvent vous aider.
Même si ces informations sur Kob-One sont très utiles pour se faire une idée, le petit reproche que je ferai est que j’ai le sentiment que les devis mis en exemple sont proposés par des graphistes rodés, qui travaillent pour de gros clients. Je sais pertinemment qu’un freelance débutant n’oserait jamais émettre des facturations aussi importantes, pour la simple et bonne raison qu’il n’a pas encore acquis l’expérience de la facturation et ne peut totalement justifier ses prix.

Ce site offre également des informations sur le tarif journalier en fonction des régions. Or, travaillant pour la plupart directement en télétravail, je trouve que la rémunération selon la région ne veut rien dire. Je travaille pour des clients installés partout sur le territoire français, je n’ai aucune raison de baisser mes pris parce que je vis dans une région aux financements modestes ! Si je devais en croire Kob-One, la tarification moyenne hebdomadaire dans ma région, l’Auvergne, devrait être de 100€. Soit 12,5€ de l’heure. Rappelons que le smic est à 10€ en moyenne. J’estime valoir mieux que cela !

 

 

Voici selon moi les aspects à prendre en compte pour justifier votre taux :

  • votre expérience, vos connaissances, votre technicité.

    Êtes-vous diplômé ? Avez-vous déjà eu des expériences professionnelles ? Quelles sont les missions que vous savez le mieux exécuter ?

  • la confiance que votre client peut vous accorder.

    Avez-vous un portfolio pour justifier de votre savoir-faire ? Des références professionnelles solides ?

  • si vous ne possédez pas toutes ces compétences, si vous vous sentez totalement débutant, ne dévaluez pas vos tarifs pour autant.
    Le sérieux, la rigueur et la motivation sont des qualités que tous les graphistes n’ont pas.

    Et ce sont des points qui méritent rémunération 🙂 .

 

Pour vous donner mon simple avis sur une fourchette de tarification (libre à vous d’être d’accord ou non) :

  • 200 € journaliers : pour un débutant, pourquoi pas, même si ça me paraît peu.
  • 500 € journaliers : pour les freelances expérimentés, ça peut s’envisager.

 

Ayez également en tête que

vous ne toucherez pas cette somme tous les jours !

 

A moins d’avoir déjà un carnet de contacts bien consistant…Il faut donc que votre facturation vous permette de vivre, du moins de générer des revenus décents pour le travail accompli.

 

 

J’ai parlé jusqu’ici d’un taux invariable, cependant, vous avez également la possibilité de facturer le client plus cher selon le niveau d’urgence, la priorisation sur d’autres dossiers, le rendez-vous d’échange à propos du projet…

Vous êtes au final vraiment libres de tarifier ce que vous souhaitez !

Sachez simplement vous justifier, si besoin à l’écrit sur le devis lorsque la raison peut sembler un peu nébuleuse pour le client non averti.

 

 

Voici, pour finir,

un résumé de tout ce que j’ai dit,

via une merveilleuse équation comme on les aime :

 

▶ Facturation = Devis = prix du nombre d’heures de travail (ou jours) estimés pour la réalisation. ◀
Prix de l’heure de travail = smic + valorisation professionnelle et personnelle. ◀
Taux horaire = prix de l’heure de travail + 30% (charges et cotisations) ◀

  ➡ Comparer éventuellement son taux horaire avec celui des autres professionnels.

 

 

 

Quoiqu’il en soit, si vous êtes jeune freelance,

surtout ne vous dévaluez pas.

Si vous vivez mal l’idée de ne pas avoir beaucoup d’expérience professionnelle, de ne pas avoir de diplôme, ne pas être à l’aise avec les outils de travail…, prenez conscience de vos atouts. Ce peut ne pas être des qualités techniques ou d’exécution : peut-être êtes-vous incroyablement créatifs, ou encore très méticuleux. Mettez en avant vos qualités, tâchez cependant d’éviter de vous vendre comme « bon à tout faire », car c’est à vous-mêmes que votre manque de compétence portera préjudice !

Si vous souhaitez vous lancer dans de nouvelles missions, ne vous fermez pas ces portes par peur du manque de connaissances. L’expérience viendra avec le temps. Pour être opérationnel au mieux, soyez fairplay en avertissant le client, et formez-vous en parallèle !

Avec une tarification qui peut paraître élevée, vous aurez certainement la crainte de faire fuir les clients. Vous en aurez peu au début, et c’est normal ! Disons qu’il s’opère un tri naturel ; dîtes-vous bien que

ceux prêts à vous payer honnêtement sont les plus fiables et les plus sérieux 😉 .

 

 

Bon courage !

 

GIF - Travailler de bonne humeur

 

 

2 comments on “Comment facturer une prestation, lorsqu’on est graphiste freelance ?
  1. Coralie Fouriau dit :

    C’est un article fort intéressant. Je vais l’envoyer à ma belle-sœur. Elle dessine aussi et elle aimerait un jour en faire son travail. Elle m’avait fait un dessin de Daria étant jeune (un de mes personnages). J’aimerais qu’elle illustre plus tard mes projets. Elle ne voulait pas que je la paie sous prétexte qu’elle faisait cela par plaisir. Sauf que pour moi il n’en est pas question, je veux qu’elle me donne son prix. Même si je dois mettre des sous de côté pour honorer son devis, je le ferai. Ton article l’aidera sûrement à y voir plus clair donc merci de l’avoir écrit. 🙂

    • zeib dit :

      Et merci à toi de l’avoir lu 🙂 ! Je comprends sa réaction, souvent les jeunes ne saisissent pas la valeur de leur création et n’ont pas de besoin financier réel, puisque dépendant encore de leurs parents. Ces questions viennent à l’esprit en général lorsqu’on se met à comprendre ses talents, et qu’on souhaite pourquoi pas en vivre 🙂 !
      N’hésite pas à la diriger vers la partie « expérience pro » du blog, il y a d’autres articles plus complets encore qui illustrent bien sa situation telle que tu me la décris et pourront l’aiguiller davantage dans ses choix 😉 .

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *