La familiarité dans les rapports professionnels

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Le sujet est plus délicat qu’il n’y paraît.

Dans une vision un peu caricaturale voire vieillotte du concept : le professionnel est un adulte bien corporate. On le vouvoie, il a une allure très institutionnelle dans son costume ou son tailleur. Une distance naturelle se crée, ce n’est pas notre ami. Il est là pour affaire et rien d’autre.

Et ça, c’est bien clair pour tout le monde.

 

Dans les faits, à l’heure actuelle,
l’image des entreprises se veut de plus en plus « cool ».

Familière, proche des gens, elle communique avec des codes jeunes, tels que les réseaux sociaux et des visuels punchy. Et l’entreprise, ce n’est pas forcément un groupe d’individus qu’on ne voit jamais mais qui gère tous ensemble une image de marque. N’oublions pas les statuts freelance, libéraux et entrepreneurs, qui gèrent la baraque seuls mais qui sont bel et bien des entreprises à part entière…Et qu’il y en a beaucoup !

Pour le freelance , le commercial ou l’influenceur représentant l’agence, il est important de savoir se montrer amical pour instaurer une confiance auprès des potentiels clients. Ceci en imposant subtilement la barrière du rapport professionnel. Et ce n’est pas toujours évident…

 

 

Étudions le sujet à travers ces 3 questionnements :

1. Quelles sont les paramètres qui pourraient entacher votre crédibilité professionnelle ?

2. Quand est-ce que les barrières de la bienséance professionnelle sont franchies ?

3. Comment y remédier ?

 

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1. Les paramètres qui peuvent entacher votre crédibilité pro

 

La crédibilité professionnelle se crée et s’entretient. Cependant, certains paramètres peuvent être un frein bien malgré vous ! Et ce sont hélas les aspects sur lesquels les autres pourraient rebondir pour vous déstabiliser :

 

  •  l’âge. 

Véritable critère de jugement pour certains, vous n’y pouvez évidemment pas grand chose. Les clichés relatifs à l’âge sont malheureusement encore bien encrés dans les esprits : inexpérience, immaturité, manque d’indépendance, instabilité…concernant les jeunes. Pour les personnes d’âge mûr, il en existe aussi : soixantehuitard, fatigue de la « vieillesse », décalage mental avec l’époque actuelle…Mais ils sont tout de même moins lourds à porter car moins discriminants à l’embauche ou au premier contact.

Aussi contradictoire que cela soit,

le langage des jeunes devient le plus utilisé pour la communication marketing,
ce qui ne légitime pas le jeune pour autant dans le milieu professionnel.

 

Espérons que les mentalités changent car les sous-estimer, c’est fermer d’office la porte à beaucoup de travailleurs compétents !
C’est ainsi que je peux observer dans mon parcours, beaucoup de professionnels, surtout des femmes, se vieillir pour donner l’illusion de la trentaine, à travers le style vestimentaire et le maquillage.

 

 

  • Le domaine de compétence.

Je ne vais rien vous apprendre ici, il existe des activités professionnelles plus « crédibles » que d’autres, et qui mériteraient apparemment davantage de respect car elles seraient plus utiles, plus méritantes. Hiérarchie très relative, puisque

tous les métiers ont leur importance, sinon ils n’existeraient pas ou tendraient autrement à disparaître.

Pourquoi accorder plus de crédit à un médecin qu’à un maçon ? Alors que les deux métiers ont leurs enjeux, chacun à leur manière. Pourquoi rire d’un youtubeur à forte audience, mais considérer sérieusement un présentateur télé ?

 

Il est si facile de juger un métier quand on s’en imagine la difficulté/facilité d’exécution, le temps de travail, le niveau d’études, le degré d’implication…

Mais en réalité, on ne sait pas ce que cela représente tant que l’on n’a pas mis les pieds dedans, concrètement.

 

 

  • La manière de communiquer, le support de communication.

L’appel aux clients est délicat. Au-delà de votre site internet aussi bien référencé soit-il, il est également judicieux de s’installer sur plusieurs plateformes de communication pour atteindre un maximum d’audience. C’est là qu’il faut apprendre qui peut être ciblé sur quelle plateforme, et jongler avec ses codes. Autant sur son propre site, on peut tout modérer soi-même, autant ailleurs, on n’est pas aussi libre ! Cela fait partie du jeu. C’est ainsi que, pour un contenu engagé par exemple, Twitter sera réellement bénéfique pour gagner en followers (et donc en potentiels clients). Cependant, attendons-nous à du clash, à de virulents retours et des crêpages de chignon.

Sur une page Facebook, il y a davantage de distance et de tenue avec le public, mais la plateforme s’essouffle sérieusement, est-ce donc le meilleur choix de communication ?

Sur YouTube, l’exposition est bonne, mais sous l’anonymat, le public est difficile à canaliser, et aussi à identifier.

Difficile de savoir si l’on s’adresse à des trolls, des enfants, des étudiants…

(disons que ça se devine sans se confirmer par la manière de s’exprimer. Contrairement aux autres plateformes où l’on identifie un minimum l’autre grâce aux descriptions de profils). Quoiqu’il en soit,

il est important de saisir ces codes et en jouer sans faire trop de faux-pas, au risque de mettre la communauté qu’on se construit à dos.

Ou pire, d’être suivi par un public juste pour être moqué…!

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2. Quand est-ce que les barrières de la bienséance professionnelle sont franchies ?

 

Bon, un potentiel client qui s’installe dans votre salon et allume la télé en posant les pieds sur la table basse,

oui, c’est abusé.

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Avant d’en arriver là,

quelques signes avant-coureurs à stopper de toute urgence, sont à observer :

 

  •  le tutoiement (au premier contact pro).

Le tutoiement est très désagréable venant d’un inconnu qui envisage d’être notre client, en ce sens où, quelque soit le contexte, il est décrédibilisant :

– tutoyer un jeune professionnel, c’est ne pas le prendre au sérieux.

– tutoyer plus jeune que nous, c’est instaurer une hiérarchie par l’âge, ce qui n’est pas une raison recevable.

– tutoyer une femme qui fait l’effort de vouvoyer, c’est ne pas la placer sur un pied d’égalité professionnelle.

– tutoyer sans y être invité, c’est se placer gratuitement au-dessus de celui à qui on fait face.
Or, un freelance effectuant une prestation pour une entreprise, n’est en aucun cas un de ses salariés ! Ce ne sont pas du tout les mêmes rapports.

– bref, voilà, c’est irritant. Vraiment.

Le tutoiement peut tout à fait s’instaurer par la suite,

quand les rapports sont bons et détendus, quand les protagonistes s’invitent l’un l’autre au tutoiement, ou encore quand l’identité du professionnel appelle au tutoiement de manière consentie. Pour ma part par exemple, réalisant des vidéos sur YouTube, le tutoiement est admis sur le net. Je suis tutoyée d’office et réciproquement par des collègues youtubeurs ou les spectateurs dans les commentaires. En revanche, lorsque je reçois un mail dans ma boîte pro, si la personne ne se justifie pas comme provenant de YouTube et qu’elle amène immédiatement le tutoiement, je deviens automatiquement réfractaire !

 

  • L’abus de négociation

Trop de négociation tue littéralement le sérieux de votre image auprès du futur client.

On préférera parler de « geste commercial«  si vous acceptez de céder une fois à sa requête. A la seconde tentative de négociation, il faut envisager que la personne teste à quel point vous vous soumettrez à ses demandes. Trois négociations, c’est déjà trop, vous êtes visiblement un bon petit chien qui dit oui à tout.

Et votre crédibilité professionnelle en prend vraiment un coup !

 Je parle évidemment de négociation après signature de devis. De votre côté, tenter de revoir les termes d’un contrat validé auparavant, démontre que vous ne maîtrisez pas vraiment vos prestations. Notez les aspects contrariants pour ne pas vous faire avoir par un futur client, plutôt que de jouer au yoyo avec le partenaire actuel, qui risque de très mal le prendre…

 

  •  l’intrusion dans la vie privée

C’est assez évident dit comme ça, mais pour peu qu’on soit un peu bavard, on peut laisser passer de petites informations sur soi, que le client n’a pas à connaître. Attention de ne pas se laisser embarquer par les questions parfois subtiles mais intrusives de l’autre, concernant votre situation personnelle, amoureuse, géographique, financière…Ces questions n’ont pas lieu d’être posées lorsque la personne n’est pas intéressée.

Autrement, il faut se méfier.

Pire, comble du malsain, certains considérent même que parce qu’ils vous paient, ils peuvent prendre le droit d’en savoir plus sur vous.

Halte ! ⛔

 Réciproquement, une personne qui vous raconte sa vie pour vous apitoyer sur sa mauvaise situation financière ou ses problèmes personnels, qui vous liste ses contacts pour que vous compreniez qu’il a des yeux partout, qu’il a toujours moyen de savoir ce qu’il se passe et que vous ne faîtes pas ce que vous voulez, ce n’est pas bon non plus.

C’est ainsi qu’on se retrouverait avec des négociations sur le prix, avec des invitations à des sorties, à de la drague…Bon, je vais un peu loin dans mes exemples. Mais il ne faut pas négliger ces risques,

cela arrive parfois et je ne vous le souhaite pas.

 

Bref, la vie privée ne regarde que soi-même,

et ne doit surtout pas devenir un argument de vente

pour le business !

 

 

 

3. Comment y remédier ?

 

Devoir réparer ce dépassement de barrière pro est assez compliqué, normalement un stop aurait dû être mis dès qu’il y a début de dérive.

 

Mais bon, si il est déjà trop tard :

 

  • Ne développez pas davantage la coopération.

Si vous êtes déjà engagé dans une production, finissez-la, mais ne relancez pas pour d’autres futures collaborations.

Une relation qui part sur de mauvaises bases ne présage jamais des rapports très sereins par la suite.

 

  • Formulez votre gêne en toute transparence.

Ce qui peut être épineux, car plusieurs individus supportent mal d’être mis face à leurs torts. Ils ressentent ça comme une attaque envers leur ego, et pourraient réagir par « contre-attaque ». Ils chercheraient ainsi le moindre défaut décelable en vous ou dans vos compétences. Si la personne est vraiment susceptible, elle pourrait même aller jusqu’à vouloir vous porter préjudice, en vous faisant de la mauvaise pub par exemple. Même si vous expliquez simplement que la collaboration va s’arrêter là, un « pourquoi ? » aura des chances de se glisser dans l’échange. Enfin disons qu’un client « normal » n’insistera poliment pas, mais j’imagine que quelqu’un d’intrusif et mal éduqué vous en demandera encore et toujours plus.

Soyez aussi diplomate que possible !

 

  • Au pire des cas, faut-il se résigner ?

Si vous êtes suffisamment endurant pour en passer par là, pourquoi pas accepter de jouer le jeu de la situation et s’éloigner petit à petit, discrètement…

 

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Il est tout à fait possible de sympathiser sincèrement avec un client,

mais s’en sentir obligé pour entretenir la collaboration professionnelle n’est pas très sain !

 

L’important je pense, est de rester bien focalisé sur la mission en cours,

et ensuite seulement, une fois que le projet est terminé,

éventuellement laisser place à l’amitié 👨‍🔧👩‍💼👩‍🍳.

 

 

One comment on “La familiarité dans les rapports professionnels
  1. Coralie Fouriau dit :

    Il est vrai que la barrière peut être trop facilement déplacée.
    Perso, je suis plutôt du genre à faire l’inverse. On m’a déjà fait comprendre que j’étais une fangirl tout simplement parce que je voulais juste rire avec d’autres gens. Je l’ai très mal pris parce que je suis plutôt du genre à faire attention à ce que je dis pour ne pas gêner la personne à qui je parle. Et aussi parce qu’il y a des gens qui ne se gêne pas pour dire des choses, des choses que je n’oserais jamais dire (genre « je t’aime », « mon amour » etc) et à eux on ne leur dit rien. Je crois que c’est ça qui le plus énervée. Ce que je disais c’était juste de la rigolade bonne enfant, mais je suis tombée sur des gros cons.

    Ce jour-là j’étais déprimée et j’avais vraiment besoin de retrouver le sourire pour le bien de ma famille. Mais ce n’est pas sur Twitter qu’on peut retrouver le sourire. Du coup il m’arrive d’avoir la sensation d’être trop présente. Alors je pose la question à la personne que je suis afin de m’en assurer. J’essaie de ne pas déplacer cette barrière.

    Tu fais bien de mettre les point sur les I de temps en temps. Je sais que certaines personnes peuvent être malsaines et se montrer un peu voire beaucoup Picsou. Bon courage à toi. 🙂

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