Interview : le Docteur Ripeur

Bonhomme à lunettes à l'air mystérieux dans la vraie vie,

sur le net, il se fait appeler Docteur Ripeur.

 

De temps en temps, il poste une vidéo, où un de ses personnages animés , principalement un "éboueur de carton", vous explique les subtilités du monde du travail. Thématique qui peut être un peu rebutante au premier abord, mais le bougre sait vous séduire dès les premières secondes de vidéo par une ambiance scrapbooking terriblement charmante, accompagnant un discours à la fois lucide et très pédagogique.

Si vous aimez les créations visuelles "fait main" originales, allez voir.

Si vous aimez la réflexion et comprendre le fond des choses...allez voir.

 
Ma vidéo préférée :

 

Monsieur Miasme

 

Afin que vous cerniez mieux ce créateur, je vous ai dégoté

une interview du Docteur Ripeur :

Quelle est ta démarche, au travers de ces réalisations animées ?

 

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L'idée de départ est très pragmatique : j'avais envie d'avoir la liberté de montrer ce que je veux (surtout pour illustrer des concepts complexes). Et je ne voulais pas utiliser des effets numériques. Déjà parce qu'il n'y a que ça sur le net et surtout parce qu'après avoir été programmeur 5 ans, j'en suis arrivé à un stade où moins je fais d'ordinateur, mieux je me porte.

J'ai commencé par utiliser des marionnettes parce que c'est plus simple à mettre en œuvre… Mais j’ai assez rapidement voulu tenter l'animation. Même si je savais que ça allait être complexe, je voulais avoir avoir une palette un peu plus large, notamment au niveau des expressions faciales.

Donc, à la base, ma démarche était plus intuitive que réellement réfléchie. Mais rétrospectivement je me dis c'était une excellente idée d'avoir choisi ce médium plutôt que de faire du bête facecam…

Les marionnettes et l'animation ont un côté tangible et mignon. Ça donne un point d'accroche au spectateur qui permet de contrebalancer (un peu) le discours abstrait que je tiens. Quand je fais un épisode, je ne me dis pas «qu'est-ce que je devrais enlever de mon texte pour ne pas que ça soit suffisamment simple». J'essaie d'écrire le texte le plus pointu et rigoureux possible et ensuite je me demande «quelles trouvailles visuelles je vais pouvoir ajouter pour convaincre les gens de rester jusqu’au bout».

Ça change pas mal de choses.

Ceci étant dit, je ne suis pas encore complètement satisfait de l'articulation entre le texte et l'image… Mais maintenant que je commence à prendre le coup de main…il y a quelques nouveaux trucs que j'ai hâte d'essayer.

Peux-tu nous parler des enjeux techniques ?

 

.Pour ce qui est de la technique, j'ai fait le premier Miasme à la webcam avec un logiciel maison. Parce que, à l'époque, j'étais sous linux et qu'il n'y avait rien d'utilisable. Mais, après avoir tourné les séquences de l'épisode Travail, j'ai craqué et j'ai fini par casser ma tirelire pour acheter LE roi de l'acquisition image par image : Dragonframe.

 Même si ce logiciel est incontestablement le top du top, je ne le conseille absolument pas à quelqu'un qui souhaiterait se lancer dans l'animation ! Une bonne vielle webcam 1080p et n'importe quel freeware de stopmotion donneront déjà de bons résultats (cf. Miasme). C'est ce qu'il y a de beau avec cette technique : la qualité est définie par le travail manuel et l'envie d'apprendre à obtenir de jolis mouvements. Contrairement aux CGI, vous ne rencontrerez jamais de situations où vous êtes coincés parce que vous n'avez pas un matériel suffisamment perfectionné.

Un tip technique pour la route : la lumière est dure à gérer avec une webcam. Elles sont conçues pour capter un visage dans une pièce mal éclairée. Les lumières vives ont tendance à "bruler" l'image. Il vaut mieux utiliser plusieurs petites sources lumineuses.

Autrement, il ne faut pas négliger l'espace et la concentration nécessaire pour faire du stopmotion : il vous faut une pièce dans le noir intégral, pendant des heures. Et sur votre "plateau", rien ne doit bouger d'un millimètre pendant plusieurs jours. Si vous habitez dans un petit appartement avec quelqu'un…c'est compliqué.

Concernant la matière première, je peux garantir que la pâte à modeler pour les enfants est un cauchemar… Il parait que la Newplast est une référence, mais je ne l’ai pas encore testée. En revanche, c'était très plaisant de travailler avec de papier découpé en "2D"… C'est une technique assez limitée… donc excellente pour se faire la main !

Quelles sont tes influences et sources d'inspiration ?

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Aardman et Phil Tippett sans hésiter.

Chez Aardman je conseille surtout l'excellente et parfaitement absurde Rex The Runt (le design des Miasmes faisant directement référence à cette série). Et pour ce qui est de Tippett, il est responsable de pas mal d'animations et de design dans de petits films comme Star Wars, Robocop ou Willow… J'ai appris qui il était récemment, mais il faut croire que c'est partiellement de sa faute si j'ai été attiré par les petits bonshommes et l'image-par-image…  

Un petit mot de la fin ?

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Merci à toi pour l’interview. Et merci à tous ceux qui font des retours positifs sur mon travail (même si j’ai j’estime avoir encore une belle marge de progression). C’est un projet qui me demande beaucoup d’énergie et qui reste encore très confidentiel… donc ce genre de soutien compte énormément.    

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