Les métiers graphiques…dévalorisés ?

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Les métiers graphiques sont-ils dévalorisés ?

4 réflexions classiques et les arguments pour les contrer.

 

 

N’avez-vous jamais entendu quelqu’un critiquer la valeur d’achat d’un logo parce que sa forme est tout à fait simpliste ? Ou encore, que l’on devrait déjà s’estimer heureux de pouvoir exercer sa passion, donc ne pas être trop exigent non plus sur les rémunérations ? Ce sont souvent ceux qui ne sont pas dans la profession qui critiquent et jugent à tort. Comme dans beaucoup d’autres domaines, me direz-vous.

Voici ici quelques pics que l’on entend trop souvent, et des arguments pour y faire face !

 

 

 

 

1.  » Ce que tu fais, c’est facile.
ça ne devrait même pas être considéré comme un métier. « 

 

Je suis attristée de voir que trop souvent, les gens se limitent à la forme, sans comprendre le fond. Pour reprendre l’exemple du logo, ce n’est pas qu’une simple forme. C’est tout une réflexion conceptuelle pensée avec le client, plusieurs tests graphiques et la déclinaison de tout une charte graphique qui permet de donner une cohérence à l’image de marque de l’entreprise. Alors, il est de bon aloi, lorsqu’on ne maîtrise pas un sujet, de ne pas se permettre d’émettre des suppositions hasardeuses quant à la facilité de réalisation. Et ce, quelque soit le sujet.

Bref, comme le dit si bien l’expression, quand on ne sait pas, on se tait 😉 !

On entendra souvent aussi la remise en question sur la difficulté que représente l’exercice de dessiner, pour un illustrateur. A croire que tous sont nés avec le don de maîtriser les proportions et les règles de perspective, la gestion des outils et un style graphique inné.

Et bien, hum…non.

De même que les mathématiques, les illustrateurs ont appris tout cela, ont dû s’entraîner dur pour arriver à de si bons résultats. Ce qui peut parfois donner une impression de facilité à les voir travailler. Oui, peut-être que certains ont des prédispositions…tout comme les matheux ;).

 

Pour tous ceux qui justifient la dévalorisation des métiers graphiques par la facilité de la tâche à accomplir,

je souhaite les inviter à simplement essayer eux-mêmes de créer.

Nous en reparlerons, ensuite !

 

Arguments :

 

  • Je passe en effet le plus clair de mon temps sur facebook ou à faire des mots croisés, car produire les besoins en communication visuelle de mon entreprise/de mon client, en cohérence avec son image de marque et son plan marketing tout en veillant et étudiant sa concurrence, c’est clair que c’est trop facile.
  • Oui oui, c’est très facile. Mais ça prend du temps. Et le temps passé à accomplir une tâche, paraît-il que ça rejoint la définition du travail.
  • Si c’est facile, fais-le toi même, alors.
  • Mon travail ne consiste pas à faire des beaux dessins, mais à exécuter des commandes qui correspondent aux besoins bien précis de mes clients. Tu n’es pas du métier et ne cernes visiblement pas les enjeux, les tenants et les aboutissants. Pourquoi juges-tu sans t’être renseigné un minimum ?
  • Tu es trop jeune pour comprendre.

 

 

 

 

2. « Tu devrais faire ça avant tout pour la passion. »

 

C’est étrange, pour encore beaucoup d’individus, le travail doit être usant et pénible. On le fait pour ramener de l’argent, et les loisirs, c’est en parallèle. Triste conception de la vie ! Donc forcément, de ce point de vue, voir quelqu’un qui gagne sa vie tout en faisant ce qu’il lui plaît, ça peut être frustrant.
Il ne faut pas s’imaginer que casser les ambitions de quelqu’un qui veut vivre de sa passion peut vous rendre meilleur, plus heureux…Si cette personne s’est donnée les moyens de faire ce qu’elle aime et ainsi profiter de la vie à tout moment, pourquoi la dénigrer ? Pourquoi au contraire, ne pas s’inspirer de ce bel exemple pour…faire ce que vous aimez, vous aussi ? Bien évidemment, le chemin ne sera pas facile. Mais avec de la motivation, on peut arriver à tout, j’en suis persuadée.

En tout cas, ce n’est pas en ronchonnant et en jalousant que l’on évolue.

Ne vous privez pas de faire ce que vous aimez parce que cela peut paraître impressionnant, ou parce que vous n’avez pas confiance en vous. En tout cas, si un jour vous arrivez à vivre de votre passion, je doute que vous souhaitiez faire un retour en arrière pour un travail pénible et infligé !

 

Arguments :

 

  • Ton garagiste est également passionné de mécanique, et pourtant tu le paies sans broncher.
  • Tu négocies aussi le prix des gâteaux chez le pâtissier parce que c’est préparé avec passion ?
  • Tu ne paies pas les honoraires de ton avocat ? Pas besoin, puisqu’il n’est animé que par la soif de justice !
  • Je te souhaite également de pouvoir vivre un jour de ta passion. Passer sa journée à faire quelque chose de pénible pour s’offrir seulement quelques heures de loisir dans sa semaine, à la longue, c’est frustrant.
  • Tu es trop vieux pour comprendre.

 

 

 

3.  » Les métiers de l’image ne servent à rien. « 

 

Il est des individus qui, très encrés dans leurs besoins personnels, jugent que tout ce qui n’en fait pas partie n’est pas digne d’exister.  » Je n’ai pas besoin d’un logo, je ne me fais pas de publicité, je ne joue pas aux jeux-vidéo, je ne vois pas l’intérêt de tout cela donc c’est inutile.  » Quel égocentrisme ! Les coiffeurs ne devraient donc pas exister car pour les chauves, cela ne sert à rien ?

Tout ne se limite pas aux besoins de la minorité dont on appartient.

Par ailleurs, on ne vous demande pas de vous plonger dans le monde de la publicité pour en cerner tous les rouages et ainsi gagner la légitimité pour pouvoir affirmer vos arguments pour ou contre. Si l’offre semble répondre à des demandes et que cela ne perturbe pas votre vie, alors nul besoin de blâmer gratuitement ! Aussi sympathique que vous êtes, vous ne représentez pas la pensée universelle, ni n’êtes le porte-parole de votre société.

Il faut simplement tolérer les besoins de tous 🙂 .

Par ailleurs, certains semblent accorder une importance bien plus grande aux productions matérielles qu’aux prestations de services. Si le travail n’est pas une production physique, alors ce n’est que du vent. Je leur souhaite de ne jamais avoir besoin d’être un jour défendu par un avocat…

Ils mettent souvent en avant le fait qu’ils ne sont pas si facilement influençables par la publicité, valorisent les contenus intelligents bien que mal représentés. Ne seraient-ils pas heureux que cette culture hélas mise en retrait puisse un jour gagner en notoriété ? Si ? Et bien, c’est simple, il faut travailler à sa mise en avant. Et la mise en avant, c’est une présentation agréable, des visuels accrocheurs, et un coup de publicité pour faire connaître l’existence de l’œuvre au public. CQFD.

 

Arguments :

 

  • Ton iphone (ou autre objet) non plus ne sert concrètement à rien, pas plus qu’un autre téléphone. Et pourtant, tu l’as acheté. Certainement parce qu’il était joli et que tu as été influencé par une pub, un packaging et un ensemble de paramètres marketing bien efficaces.
  • La plupart des gens achètent des jeux vidéo pour les performances graphiques. lls vont voir au cinéma des films avec des budgets FX colossaux. Une majorité de personnes donnent plus de crédit à la parole d’une belle star qu’à un scientifique. On achète principalement des produits dont on a vu passer la publicité. Avec tout ça, peux-tu me démontrer en quoi, dans notre société, les métiers de l’image ne servent à rien ?
  • Si les œuvres underground que tu chéris tant pouvaient bénéficier d’une communication soignée et bien étudiée, elles attireraient l’œil et donc l’intérêt du public, seraient davantage diffusées et mises en avant. Ce n’est pas ce que tu souhaites pour la culture qualitative ?
  • Pour être honnête, je n’ai jamais compris non plus la difficulté ni l’intérêt de ton métier. Être payé pour ça, franchement, c’est la belle vie ! (ok, celle-là est un peu piquante 😉 )
  • Tu es trop petit pour comprendre.

 

 

 

4.  » Sur tel site Internet ils font la même chose pour moins cher ! « 

 

Variante :  » J’ai un ami qui me l’a déjà fait gratuitement, je ne vais pas payer pour ça ! « 

Aaaah, le gratuisme ! Cette tendance à vouloir tirer vers le bas, voir supprimer, le prix d’une prestation graphique. Car demander de l’argent pour l’accomplissement d’un travail est un terrible outrage, n’est-ce pas.
Basé sur les préjugés évoqués plus haut ; la facilité d’exécution et le métier-passion, cela vient en quelque sorte tout finaliser : pas de réel travail, pas de réelle raison de payer.
Alors, c’est assez simple : les individus ayant ce profil…il faut les fuir. Répondre courtoisement si on veut être bien poli, mais de toute façon, il sera impossible d’en faire des clients. Si toutefois on peut les penser convaincus, ils auront des demandes brouillons, négocieront toujours le prix,

bref, que des embrouilles.

Les graphistes, tout particulièrement les freelances, ont ce gros souci de sembler  » plus accessibles  » du point de vue humain. Placez-en un à côté d’un médecin ; avec qui oserait-on le plus négocier un tarif ? Ils affrontent cette périlleuse difficulté de devoir prouver qu’ils sont bel et bien des professionnels, et même des entreprises à part entière ! Le fait d’être seul, et de travailler de chez soi, éloigne beaucoup de l’image clichée de l’entreprise. Et il est toujours bien plus facile de suggérer discrètement des prix ou proposer de travailler aux black à une seule paire d’oreilles, qu’à tout un collectif.

C’est ainsi que vous verrez souvent des freelances communiquer sur leur site pro à la première personne du pluriel, pour donner l’illusion de groupe.

En attendant, beaucoup vont s’adresser à eux sur un ton très (trop) décontracté. Vous avez d’ailleurs peut-être observé que mes séries d’arguments emploient le tutoiement, ce n’est pas un hasard ;

le client sérieux vous vouvoie et vous respecte (pourquoi pas tutoyer ensuite, mais pour un premier contact, il y a des formes à mettre).
Le moins sérieux vous tutoie et vous décrédibilise.

Sans vouloir généraliser, il y a de bonnes probabilités pour que ces irrespectueux soient des particuliers (qui ne comprennent pas les enjeux entrepreneuriaux). Il faut également s’assurer de ne pas avoir affaire à des enfants, notamment si il y a utilisation des réseaux sociaux et Youtube.

 

Arguments :

 

  • Je paie en effet mes factures avec des fleurs et des bisous. Tu as repéré ma tentative d’arnaque, t’es un rusé toi.
  • Je ne suis pas ton ami, je suis un professionnel qui doit des comptes à mon entreprise.
  • Et bien va développer ton projet sur tel site internet/avec ton ami, alors.
  • En effet. Bonne continuation.
  • Tu es trop grand pour comprendre.

 

 

 

 

Tous les graphistes indépendants seront confrontés à ce genre de réflexion. En France, les métiers de l’image ne sont pas encore suffisamment pris au sérieux, bien que garants d’un pouvoir très fort : l’influence ! Le pays possède pourtant des professionnels hautement qualifiés et dont la créativité est reconnue mondialement…c’est dommage.

Quoiqu’il en soit, si vous êtes vous-mêmes graphiste ou en phase de le devenir, ne vous laissez jamais impressionner par les grincheux, ils ne comprennent pas votre valeur et votre force !

Faîtes le choix de leur expliquer tranquillement votre métier et tout ce que cela implique, ou bien…

tracez votre route sans vous laisser freiner par les remarques inutiles 😉 .

 

 

 

3 comments on “Les métiers graphiques…dévalorisés ?
  1. Coralie Fouriau dit :

    Je suis bien d’accord avec toi Zeib. Les gens pensent que les dessins, les graphismes se font d’un claquement de doigts. C’est un tort de croire ça ! Je me doute bien de l’ampleur du travail que vous avez, vous les graphistes. Je te souhaite bon courage et bonne continuation. 😉

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