Avoir des tocs graphiques : est-ce grave, docteur ?

 

 

 

Cet article concerne particulièrement les étudiants en école d’arts (plastiques ou appliqués, peu importe). Ou encore ceux qui s’exercent au dessin et à l’illustration, via des cours de reproduction de nus et natures mortes, ou en autodidacte.

 

Jeune apprenti,

méfie-toi des tocs graphiques !

 

Chers lecteurs, j’y suis sujette, et pas qu’un peu, sachez-le. Je ne me soigne pas, j’ai du moins tenté un temps, mais à présent je vis bien avec. Peut-être que vous mêmes êtes confronté à ce souci, sans en avoir encore conscience. Qu’il y a un retour en arrière encore possible…ou qu’il est déjà trop tard.

 

tocs graphiques - tombe chaise

 

Oula, dit comme ça, cela semble terrible !

Bon, rassurez-vous, en vrai, ce n’est pas si dramatique.

Mais, qu’est-ce qu’un toc graphique, plus exactement ?

 

Je pensais que le terme était généralisé dans le milieu des arts graphiques. Jusqu’à ce qu’en voulant chercher des exemples sur le net, je me suis rendue compte que…non. Et donc que c’était certainement une expression propre à l’école d’art dans laquelle on m’a signalée ces tocs. Tant pis, je continuerai de l’utiliser, en vous expliquant en quoi cela consiste :

ce sont des tracés que vous faîtes automatiquement.

 

« Quoi, comment ça, de l’écriture automatique ? Les graphistes ont donc le pouvoir de communiquer avec les morts ? Diantre, à voir le descriptif du métier, j’aurais pas soupçonné… »

Non non, vous êtes allé trop loin. Calmez-vous, revenez là.
Lors de l’exercice du dessin ou de l’illustration, c’est un trait, une terminaison, un élément graphique, que vous vous êtes inconsciemment habitué à faire ainsi. Alors que très généralement, cela ne correspond pas à ce qui peut être observable dans le réel.

 

Voici quelques exemples de mes propres illustrations, où l’on peut nettement observer mes tocs graphiques :

Observez la manière dont je fais les pantalons : 2 ou 3 plis, et sur le tibias un zigouigoui.

 

tocs graphiques - pantalons

 

Maintenant dans mes vieux croquis de nus, où je finalisais souvent les extrémités ou complétais les zones de plis par des spirales (désolée pour cette atroce qualité d’image) :

 

tocs graphiques - nus

 

Et ces procédés, même si je peux aujourd’hui les observer avec du recul,

sont nés de manière totalement inconscientes.

 

L’écriture pourrait peut-être aussi constituer un exemple (pas l’écriture automatique, hein, oublions cela 😉 ). Vous avez en effet appris à tracer des lettres selon un graphisme précis en primaire, et à l’heure actuelle votre écriture n’y ressemble plus du tout. Elle a évolué, et vous avez acquis des redondances dans les tracés. On observera par exemple des boucles bien gonflées pour toutes les lettres en possédant, des traits particulièrement allongés…Allez, pourquoi pas admettre également ici des formes de tocs graphiques.

 

Autant lorsqu’il s’agit d’un dessin imaginé, on peut justifier ce petit effet de fantaisie par « la patte artistique » de son auteur. Autant dans les exercices de nu, de reproduction de nature morte, croquis et autre copie par observation du monde réel,

le toc peut s’imposer de manière flagrante.

Car oui, en dessinant ce nu, vous allez terminer le trait de la pointe de pied par une petite bouclette, par exemple. Et puis, vous allez aussi simplifier la représentation de l’oreille par une bouclette. Et puis le pouce, c’est fastidieux à faire aussi, hop, une petite bouclette. C’est chouette, ça donne un style…

mais votre professeur va très certainement vous rouspéter dessus !

Car le but n’est pas de faire de démonstration de style, mais d’observer le réel afin de le copier au mieux. Autant vous dire que j’ai rendu plus d’un prof fou, avec mes spirales.

 

 

Est-ce grave, docteur ?

tocs graphiques - illustration

Et bien, oui et non.

J’aime apporter des réponses claires et concises.

 

Oui,

pour les étudiants et individus en cours d’apprentissage du dessin.

Car accumuler les tocs graphiques, c’est se reposer sur des réflexes d’exécution, des automatismes. Si vous apprenez les proportions, la perspective et autres principes où l’observation doit être très rigoureuse, et que vous laissez passer l’apparition de tocs graphiques, cela veut dire que vous laissez votre cerveau contourner la difficulté, en prenant le chemin facile des automatismes.

Comment se soigner ?

Il est au début difficile de prendre conscience de vos réflexes graphiques. Vous cernerez certainement les récurrences évidentes, mais en croyant avoir identifié l’origine du mal, vous louperez celles qui s’encreront insidieusement dans votre main pour devenir de vrais bons tocs.

 

  • Demandez à votre professeur d’être bien vigilant sur votre travail.

Lui saura détecter ces possibles redondances. Un autre élève n’aurait pas le regard encore suffisamment alerte et développé pour ce faire.

  • Décollez les yeux le moins possible du modèle.

En effet, la plupart du temps lorsqu’un toc graphique est exécuté, c’est parce que votre cerveau « se repose » de l’exercice d’observation. Par flegme et parce que reproduire correctement ce que l’on voit demande une forme de réflexion, celui-ci vous fera exécuter un tracé automatiquement, que vous savez bien faire. Hop, c’est plus facile. Vous aurez généralement les yeux baissés quelques secondes sur votre feuille à ce moment-là, ne serez plus dans l’observation concentrée.

 

 

Et non,

pour les professionnels formés et ceux qui se sont longuement exercés, ce n’est pas grave.

Car à ce stade d’évolution et de travail, on peut considérer qu’ils ont appris à s’observer ou du moins confronter leurs réalisations aux regards des autres.

Si tocs graphiques il y a, il s’agirait donc d’automatismes assumés.

 

Comment en tirer profit ?

Comme dit plus haut, cette manière de faire peut être en lien avec le style graphique du dessinateur. Autant l’assumer et en jouer, voire même amplifier ces redondances pour que l’identité graphique soit ainsi bien présente. Le piège pourrait être que si un jour, notre dessinateur voudrait s’éloigner un peu de son procédé habituel, il risquerait malgré ses efforts de laisser trop paraître sa patte originelle, car ses tocs graphiques le « grilleront ».

 

 

Ainsi, apprenez à observer vos réalisations, à penser vos traits lorsque vous dessinez. Essayez également de dessiner de tout autre manière, avec d’autres outils, de nouveaux points de vue…

 

Si des automatismes graphiques reviennent sans cesse malgré ces changements forcés,

demandez-vous si vous aussi, vous n’êtes pas toqué…! 😉

 

 

2 comments on “Avoir des tocs graphiques : est-ce grave, docteur ?
  1. Coralie Fouriau dit :

    Je ne savais pas qu’il y avait un tel phénomène chez les graphistes. Mais bon, je suppose que c’est un peu comme les écrivains qui ont leur style d’écriture. Il est parfois difficile d’en changer. 🙂

    • zeib dit :

      En fait, faut + voir ça comme si tu t’étais habituée à tracer une lettre d’une certaine manière, et qu’un jour quelqu’un te faisait observer qu’elle ne se représente pas comme ça ; tu peux à ce moment envisager de changer ta manière d’écrire puisqu’elle peut être illisible pour les autres…mais tu te rends compte que tu es tellement habituée à la faire ainsi, qu’il est extrêmement difficile de la modifier. Dans le contexte de l’illustration, autant ce « toc graphique » peut être élégant, autant, quand il est réalisé trop automatiquement, il peut créer de vraies faussetés dans la cohérence du dessin. Ce qui peut être tout aussi gênant qu’un mot dur à lire 🙂 .

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